Réflexion 2026
Ce mois-ci, le Conseil d’administration de SFG revient sur l’achèvement de la stratégie 2023–2025, célèbre la croissance de la communauté et la généralisation de la finance durable, et explique comment SFG compte profiter de ce moment pour affiner son discours, élargir la finance durable à de nouveaux enjeux comme les conflits et l’IA, démontrer un impact concret à l’échelle locale à Genève, et renforcer le soutien à la communauté à l’approche du lancement de la stratégie 2026–2030.
Chaque nouvelle année ouvre un temps propice au recul et à la réflexion.
Pour SFG, cet exercice s’impose avec une acuité particulière. En 2023, à l’occasion de notre quinzième anniversaire, nous avons défini une stratégie triennale ambitieuse, articulée autour de trois priorités : fédérer la communauté, doter nos membres d’outils et de connaissances, et faire progresser l’impact à travers des projets concrets. Trois ans plus tard, ce cycle s’achève. Le chemin parcouru est considérable, et il nous appartient désormais d’en tirer les enseignements pour affiner notre trajectoire. Dès les premiers jours de 2026, le CSS de SFG s’est réuni afin de poser les jalons de la stratégie 2026–2030. Ce moment a été l’occasion de regarder en arrière avec lucidité, et d’ouvrir de nouvelles perspectives. En ce début d’année, nous souhaitons partager les principaux enseignements qui structureront notre prochaine feuille de route, laquelle sera présentée à la communauté lors de l’Assemblée générale de ce printemps.
Le progrès accompli est indéniable.
À l’heure où les débats se crispent et où les discours de recul gagnent en visibilité, il est important de rappeler que le progrès n’est jamais linéaire. Les défis immédiats ne sauraient occulter les transformations profondes déjà à l’œuvre. En préparant notre retraite stratégique, nous avons retrouvé la première présentation d’Assemblée générale de SFG, datant de 2009. À l’époque, notre réseau comptait 105 membres et une liste de diffusion de 119 contacts. L’investissement durable était encore un champ émergent : peu d’outils, des capacités limitées, des données fragmentaires. Aujourd’hui, le paysage est radicalement différent. L’intégration ESG s’est généralisée au sein de l’industrie financière, et les approches d’investissement durable représentent désormais 27 % des actifs sous gestion à l’échelle mondiale, contre 3 % en 2018 (Morningstar, 2025). Nous devons célébrer cette progression, tout en reconnaissant que notre secteur traverse désormais une phase plus exigeante. Ce contexte offre l’opportunité de préciser nos messages et de rappeler une évidence trop souvent oubliée : la durabilité n’est pas un supplément d’âme, mais une condition de création et de préservation de la valeur à long terme.
Le temps n’est ni à l’immobilisme, ni au repli.
La finance durable doit continuer à évoluer, dans ses thèmes comme dans ses pratiques. Si le climat et la nature constituent désormais des piliers établis, de nouveaux enjeux structurants émergent et appellent une mobilisation du secteur financier. Les conflits armés et l’intelligence artificielle en sont deux illustrations majeures. Leur montée en puissance comporte des risques considérables pour les sociétés humaines comme pour les équilibres planétaires. Investisseurs et fournisseurs de capitaux doivent intégrer ces réalités, mesurer les risques associés et concevoir des approches permettant d’en limiter les effets, voire de générer un impact positif. Non par seule conviction morale, mais parce qu’il en va de la stabilité des marchés et de la performance à long terme. Que faudrait-il pour que les investisseurs identifient pleinement les risques de conflit nichés au cœur de leurs portefeuilles ? Comment accompagner les entreprises investies, à travers leurs opérations et chaînes d’approvisionnement, afin de favoriser la stabilité et la paix ? La maîtrise de ces risques contribue à sécuriser les environnements opérationnels, à renforcer la performance des entreprises et, parfois, à préserver des vies humaines. De même, l’essor de l’intelligence artificielle soulève des enjeux sociaux et environnementaux majeurs, emploi, santé mentale, consommation énergétique, pression hydrique. Les investisseurs en ont-ils pleinement conscience ? Comment dialoguent-ils avec les entreprises technologiques pour que ces enjeux soient intégrés dès aujourd’hui ? Agir tôt permettra d’éviter des disruptions massives susceptibles de provoquer rejet sociétal et régulations brutales. SFG continuera à porter ces questionnements, en s’appuyant sur l’écosystème singulier que constitue Genève. Notre ambition est d’élargir et d’approfondir la réflexion sur la finance durable, en intégrant davantage de thématiques et une lecture plus fine des interdépendances de la durabilité.
Rendre tangibles les bénéfices de la finance durable.
Le contrecoup actuel envers la durabilité s’enracine souvent dans une perception de rareté. Beaucoup ont intégré l’idée que durabilité rime avec sacrifice. Nous défendons au contraire une vision de prospérité équilibrée. Oui, des arbitrages seront nécessaires, et il faut les nommer avec clarté, mais ils ouvriront la voie à des bénéfices durables, économiques comme sociétaux. Soutenabilité financière et création de valeur collective ne s’opposent pas ; elles se renforcent mutuellement. Pour nombre de citoyens, la finance demeure abstraite. Les marchés mondialisés semblent lointains. Pourtant, la finance est aussi un levier de transformation locale : financement d’infrastructures propres, rénovation énergétique, soutien aux entreprises et aux ménages dans leur transition. Avec créativité et engagement, nous pouvons démontrer dès aujourd’hui, à Genève, les effets concrets de la finance durable. SFG collabore avec des acteurs locaux pour structurer un modèle mobilisant davantage de capitaux privés au service d’une transition bas carbone, respectueuse du vivant et socialement cohésive. Notre objectif : sortir la finance durable de l’abstraction et montrer, très concrètement, qu’elle améliore le quotidien.
La force du collectif.
Enfin, nous savons que les professionnels de la durabilité évoluent dans un environnement exigeant, parfois décourageant. Continuer à avancer lorsque les voix sceptiques se font plus audibles demande énergie et conviction. C’est pourquoi SFG demeurera un espace de rassemblement, d’échange et de soutien. Nous avançons ensemble et nul ne doit se sentir seul sur ce chemin.
Nous vous invitons à suivre nos travaux, à nourrir la communauté et à compter sur nous.
Car, plus que jamais, notre force est collective.
Avec nos salutations les plus cordiales,
Kali, Marie-Laure, Fiona, Virginie, Dominique, Ebba, Grégoire, Damien et Jean-Philippe
